Community Manager, qui es-tu ? Interview #15

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le témoignage du community manager d’un des plus prestigieux labels français de musique : Barclay. Il s’appelle Anthony, véritable passionné de musique, il anime la communauté de cette division d’Universal Music France.

Pour info, Barclay est le label de : M, Gaëtan Roussel, Vanessa Paradis, Cocoon, Philippe Katerine, Bernard Lavilliers, Alain Bashung, Bob Sinclar, Björk, Rihanna, Kayne West, Stevie Wonder, Jacques Brel, Dalida, Léo Ferré, Daniel Balavoine et bien d’autres…

Place à l’interview :

– Qui es-tu ?

Anthony, bientôt trentenaire, community manager et parisien depuis un an maintenant au sein du label Barclay. A côté de ça, je suis aussi label manager et blogueur pour FTW (www.fuckthatworld.com), une petite entité que j’ai créé il y aura 4 ans cette année. J’organise aussi de temps à autre des soirées, à Paris ou en province à Angers, pour « m’amuser » et faire découvrir notamment les artistes électro que je signe sur mon label digital.

Et avant d’arriver chez Barclay, j’ai été entrepreneur indépendant (conseil en communication), vrp, chômeur, animateur et programmateur dans une radio associative, et responsable communication d’une grande école d’ingénieur.

– Pourquoi et comment es tu devenu Community Manager ?

Si je suis devenu community manager au sein d’un label, c’est avant tout pour pouvoir mélanger passion et vie professionnelle. Il y a 4 ans donc alors que j’étais à la communication d’une école d’ingénieur, j’ai comme beaucoup ouvert un blog pour partager les choses que j’aimais en musique, mode, graphisme… Le blog, qualifié par certains d’audioblog, s’est fait connaître et dans le même temps à Angers, entouré d’amis djs et/ou producteurs, j’ai monté des soirées. Un public, une communauté a commencé à se fédérer autour, un label digital avec tout ce que ça implique en terme de communication est né, tout cela en parallèle avec l’émergence du web 2.0 et des réseaux sociaux. Et comme au bout de quelques années à mon précédent poste (très institutionnel) je tournais en rond avec l’impression de mener une double vie, il était temps de faire un choix pour me réorienter professionnellement.

Janvier 2010, j’ai donc passé des entretiens chez Barclay, premier label d’une major a créer un véritable poste de community manager. Mais attention, je ne suis pas devenu CM juste parce que j’avais un blog et le pied dans un réseau lié à la musique.

Je suis devenu community manager parce que tout cela était combiné avec le fait que je sois un communicant, avec une vraie formation en communication et marketing. Bon et je suis aussi addict à Twitter j’avoue…

– Quelles sont tes missions en tant que CM ? Quelle est ta journée type ? Comment t’organises tu ?

En tant que CM chez Barclay, j’interviens au sein d’une équipe web constituée d’un responsable marketing online, d’un webmaster, d’un CM donc et d’une attachée de presse web. Ensemble nous établissons en amont de chaque sortie album une stratégie digitale avec le chef de projet, le directeur marketing et le directeur promo du label, et aussi avec l’équipe commerciale et marketing digitale d’Universal Music. Mes missions dans cette stratégie liée à un artiste, à un projet, sont donc celles de tout CM j’ai envie de dire : susciter un intérêt chez des personnes, les recruter au sein d’une communauté, fidéliser et animer cette communauté de « fans », tout cela en veillant à respecter l’image de chaque artiste et en s’appuyant aussi sur des relais d’opinions, sur des « influenceurs » (terme à relativiser bien entendu) pour faire connaître l’artiste, son projet, sa musique.

Une part importante de mon travail consiste aussi à veiller à l’e-reputation de nos artistes, à celle du label…

Pour résumer on pourrait aussi dire que je travaille avec deux communautés distinctes mais infiniment liées : la communauté de fans (pour un artiste) et ma propre communauté, celle avec qui j’entretiens des relations régulières, avec laquelle j’engage des conversations, que j’invite à des événements spécifiques, que je fais participer à des opérations là encore spécifique. Une communauté de relais d’opinions constituée de blogueurs, certains ayant plusieurs casquettes et supports, de professionnels ayant sur le web une influence de par leurs activités et leurs contacts sur les réseaux sociaux…

Niveau organisation, le seul point récurrent au même moment c’est que la journée commence pour moi par allumer encore dans le lit mon iPhone pour checker ma timeline Twitter de la nuit, voir les informations que j’aurai pu manquer sur certains de nos artistes internationaux (un nouveau son, la mise en ligne d’un nouveau clip, des rumeurs…), regarder Facebook, écouter et lire les infos du matin, regarder les premiers mails… Ensuite la journée est lancée et elle peut se passer au bureau ou alors avec un artiste sur le tournage d’un clip par exemple, en promo si j’ai eu des demandes d’interviews, et celle-ci peut se finir assez tard s’il y a le soir un concert d’un de nos artistes ou un showcase privé retransmis en direct sur internet auquel j’ai convié quelques fans et quelques-uns de mes contacts. Il peut aussi m’arriver de travailler le week-end, par exemple pour suivre accompagné de blogueurs nos artistes sur les festivals, comme pour Summer Of Blog (www.summerofblog.fr) l’été dernier qui devrait se renouveler cette saison.

– Quelles sont les tâches les plus dures à réaliser ?

Le plus dur a été pour moi de faire comprendre en interne quel était mon métier. Car si un statut, un post sur Facebook et un tweet se voient, faire comprendre que même ces petites actions font parti d’une stratégie marketing, relèvent parfois de l’influence en ligne, ce n’est pas simple (je schématise et caricature). Avec l’équipe web de Barclay nous devons constamment « éduquer ». On ne peut pas créer 1 millions de vues sur un clip en claquant des doigts par exemple. Le web n’est pas « superman » et aujourd’hui la frontière entre offline et online disparaît…
Autre « tâche » pas très simple, c’est ce qui concerne les projets et artistes internationaux. Comme nous sommes (le label), dans ce cas surtout distributeur, très souvent nous ne recevons pas vraiment les infos en amont par la maison de disque mère. Je les découvre sur la toile : le nouveau clip, le leak du prochain single, les premières photos… Là, la veille est très importante et il faut par la suite réagir très rapidement pour ne pas arriver « après la bataille » et se discréditer aussi.
Mais le plus dur, quand on est avant tout passionné, c’est de se retenir pour ne pas dévoiler, divulguer certaines infos ne serait-ce que par un tweet 🙂

– Quels outils utilises-tu dans le cadre de tes missions ?

Google Alert, Reader, Insight, Twoolr, Backtype, Tweetreach, les insights des pages facebook bien entendu… Tweetdeck sur le pc du bureau, très pratique pour ses colonnes et mes recherches sur ce qu’il se dit sur nos artistes, un iPhone 4 avec Hootsuite, Flickr… Ustream…

– Comment vois-tu l’avenir du job ? Comment va-t-il évoluer ?

Déjà en un an, mon poste a évolué ici chez Barclay. Comme je le disais plus haut, j’interviens plus en amont désormais des projets et j’apporte mes réflexions pour la mise en place de la stratégie digitale, la stratégie de lancement d’un album ou celle liée au développement d’un artiste. Je pense qu’en maison de disque, le CM d’aujourd’hui peut devenir le chef de projet de demain…

Pour ce qui est du métier de community manager en général, j’espère que de plus en plus de sociétés vont arrêter de faire appel à des agences pour gérer leur présence en ligne et recruteront. Un bon CM pour moi est un CM en interne. Comment faire du bon community management quand on doit travailler pour plusieurs marques et plusieurs produits différents en même temps ?

– Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait devenir Community Manager ?

Il ne faut pas croire que parce qu’on tient un blog et qu’on a quelques amis sur Facebook et Twitter, on peut se dire « tient je vais être community manager ». Cela ne suffit pas heureusement. Être CM, c’est faire du marketing, de la communication, des relations publiques avec tout ce que cela sous-entend. Une bonne formation et connaissance de ces domaines est nécessaire. Ensuite il faut être passionné, ouvert d’esprit, avoir le sens du relationnel (ne pas être antipathique) et faire preuve d’originalité pour savoir se démarquer et proposer des actions nouvelles. Si l’on peut devenir community manager, je crois malgré tout qu’une part de ce qui fait qu’on le devient est en nous avant tout…

Merci Anthony pour ce témoignage, j’espère qu’il vous aidera à comprendre un peu mieux notre métier.

Suivez-le sur Twitter, son compte perso : @kanthos et le compte de Barclay : @labelbarclay

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